Au commencement était le Silence, immobile et infini. Puis apparut la Plaine, vaste étendue déserte où seul régnait Gaoithe, le Grand Vent. Bien que libre, Gaoithe était réduit au silence. Alors du sol jaillit Darach, le Père Chêne, Pilier du Monde, Celui qui donne la vie, Celui qui donne la voix. Gaoithe commença alors à murmurer. Mais Darach était encore jeune, et ne comprenait pas Gaoithe. Le temps passa, et les racines de Darach s’enfoncèrent de plus en plus profondément dans la Plaine. Alors il rencontra Leacht, l’Eau qui dort, la Nourricière. Avec douceur et patience, elle apprit à Darach l’art d’écouter, et l’aida à grandir. Mais Darach ne pouvait parler. Alors, pour répondre à Gaoithe, il appela à lui Adharc la Corne, Sionnach le Renard et Gliocas la Sagesse. Chaque divinité, voix de Darach, s’incarna dans une branche du Grand Chêne. Alors Gaoithe commença à chanter, et Darach lui répondit.

Mais Gaoithe est un conteur insatiable, et les trois voix de Darach ne lui suffirent bientôt plus. Alors, de son souffle subtil, il attira sur la Plaine une multitude de glands, fils et filles de Darach, qui sommeillaient paresseusement dans les bras d’Adharc, Sionnach et Gliocas. Encore jeunes, les enfants du Darach décidèrent de rester proches de leur Père, et c’est sous ses frondaisons bienveillantes qu’ils s’éveillèrent au monde, tout en se nourrissant des bienfaits de Leacht. Sous l’impulsion d’Adharc, Sionnach et Gliocas, ils répondirent bientôt à Gaoithe. Et cela fut bon. Chaque gland avait sa voix propre, mais gardait en tête les paroles de sa branche nourricière. Ces enseignements guidèrent les premiers pas des fils et des filles de Darach. Ainsi commencèrent la Grande Chasse, la Ronde des Brumes, l’Envol des Songes. Sous les encouragements de leur Père, les Glands, bien que toujours jeunes, décidèrent d’explorer le monde proche. Aux cotés de Gaoithe, Celui qui souffle les enseignements d’Adharc, Sionnach et Gliocas, les fils et filles de Darach se muèrent en toutes les créatures du monde connu. Chaque créature avait son caractère propre, mais n’oubliait pas d’où elle venait. Et cela fut bon. Toujours plus loin elles explorèrent le monde, mais toujours elles revenaient vers Darach. Malheureusement certaines s’éloignèrent si loin que même Gaoithe ne put les accompagner. Alors certaines filles et certains fils ne purent retrouver Darach, devinrent sourds aux murmures de Gaoithe, oublièrent les bienfaits de Leacht, se détournèrent des enseignements d’Adharc, Sionnach et Gliocas.

Les saisons passèrent, et Darach murmura à Gaoithe que son temps était bientôt venu. Ses branches se faisaient plus lourdes, son écorce devenait friable, ses racines n’arrivaient plus à lui apporter toute l’eau nécessaire, sa sève ne jaillissait plus avec la meme intensité. Bientot, il ne pourrait plus soutenir Adharc, Sionnach et Gliocas, et protéger de ses branches ses enfants. Les fils et filles de Darach s’en émurent, mais il en est ainsi. Les enseignements d’Adharc, Sionnach et Gliocas à l’esprit, accompagnés par le souffle de Gaoithe à chacun de leurs pas, leurs coeurs apaisés par les bienfaits de Leacht, ils décidèrent de partir en quête. Leur but était de trouver le Gland d'Or qui sommeillait quelque part dans le monde, attendant de devenir le nouveau Darach, le Père Chêne, Pilier du Monde, Celui qui donne la vie, Celui qui donne la voix.